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La cabane du lac gelé

oleh Rose_Noire · Bacaan: 7 · Kegemaran: 0

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La bourrasque claque la porte derrière vous, et tu l'entends rire pendant qu'il rattrape son bonnet. T'as failli finir dans la neige, tu lui dis, et il te montre ses mains encore pleines de flocons. Je déteste le silence des lacs gelés, il répond. Trop de blanc, trop de rien. Moi, ce silence-là, au moins, il est à nous, tu lâches. Il te regarde un instant, la neige fond dans ses cils, puis il allume la lampe à pétrole au-dessus de la table. La lumière orange pousse les ombres contre les murs en rondins, et les flocons collés aux vitres fondent en rigoles irrégulières. On gèle moins déjà, tu dis.

Il s'accroupit devant le poêle, souffle sur les braises, et le vieux poêle se met à ronfler. La bouilloire émaillée bleue tremblote sur la plaque, tu la regardes vibrer, et puis tu regardes ses mains. Des poignets fins. Des gestes précis, presque délicats pour un type aussi grand. Il se relève et te tend une tasse chaude. Tes doigts frôlent les tiens, plus longtemps que nécessaire, et la chaleur devient presque brûlante. Tes mains sont gelées, il murmure sans lâcher la tasse. C'est le poêle qui va tout changer, tu vas voir. Tu réponds rien, mais tu retires pas tes doigts.

Dehors, la neige redouble. Assis à la table, les tasses devant vous, vous parlez de la ville. Des costumes, des sourires de circonstance, des soirées où tu joues un rôle sans même t'en apercevoir. Ici, j'ai pas besoin de faire semblant, il dit. Tu le crois. Il frissonne, une fois, et tu dénoues ton écharpe rouge. Prends-la, tu dis. Moi, j'ai plus froid. Il la prend, la porte à son visage sans le faire exprès, et la respire. Tu vois ses épaules se relâcher d'un coup, comme s'il retrouvait une odeur familière. Il la pose sur ses genoux, la laine à plat, et ses doigts jouent avec la maille lâche près de la frange.

Tu te lèves. À la fenêtre, le lac n'est plus qu'une étendue blanche, sans rive, sans direction. Il te rejoint, se tient derrière toi, assez près pour que tu sentes sa chaleur dans ton dos, pas assez pour te toucher. Ouvre la bouche, il dit, et tu obéis sans réfléchir. Il sort de sa poche un caramel au beurre salé, le déballe, te le glisse entre les lèvres. Son pouce reste une seconde sur ta lèvre inférieure, juste assez pour retenir le goût. C'est toi qui m'as dit que t'aimais le caramel, il ajoute. Le sucre fond sur ta langue, salé, brûlant, et tu fermes les yeux une demi-seconde.

La nuit est tombée. Vous vous asseyez sur le lit, dos au mur, la couverture sur les jambes. Ta tête trouve sa place contre son épaule, son bras se referme autour de toi. Vous parlez tout bas, de ce que vous n'avez jamais osé vous dire. Un craquement sourd monte du lac, la glace qui travaille sous le poids de la neige, et tu te crispes un peu. La glace craque, mais c'est pas dangereux, il chuchote. T'as peur ? Depuis toujours, tu dis. Une chute, enfant, dans un étang gelé. Il serre un peu plus fort. Tu prends un caramel dans la boîte sur le rebord, tu le casses en deux, et tu lui tends la moitié. J'ai toujours eu envie de toi, il murmure en croquant. Mais pas comme ça. Pas seulement comme ça. Sa jambe bouge sous la couverture, et tu poses ta main sur sa cuisse sans le regarder.

Il tourne ton visage vers le sien, doucement, et ton cœur tape une fois, fort, contre tes côtes. Il t'embrasse. D'abord à peine, ses lèvres qui effleurent les tiennes comme pour demander la permission, et puis il appuie, il ouvre la bouche, et tu réponds avec la même faim. J'attendais que tu fasses ça, tu souffles. Moi aussi, il dit contre ta lèvre. Depuis la première nuit en ville.

Tu te hisses sur ses genoux, à califourchon, et tu enroules tes bras autour de son cou. Il est adossé au mur, jambes allongées sur le lit. Sa bouche descend dans ton cou, il mordille ta peau juste sous l'oreille, et le gémissement sort de toi avant que tu puisses le retenir. Sa main remonte sous ton pull, à plat sur tes reins, et c'est toi qui bouges la première, qui viens chercher sa hanche.

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