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איור כריכה

Chambre 307

מאת Velvet_Ink · קריאות: 4 · מועדפים: 0

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La porte de la chambre 307 se referme et le bruit du couloir s’éteint d’un coup. Il reste la pluie contre les vitres, l’odeur de moquette neuve, et nos deux corps debout dans la pénombre orange du parking.

Le vol bloqué sur le tarmac, l’hôtel complet, la réceptionniste qui haussait les épaules. On est là.

Il pose sa valise près du lit et l’étiquette de bagage cliquette une fois, puis se tait. Son costume est froissé aux coudes, au dos, comme s’il avait dormi dedans. Peut-être qu’il a dormi dedans.

Je retire mes chaussures sans le regarder. La douleur remonte de mes chevilles, et je les laisse près de la porte, l’une contre l’autre.

On a connu pire comme escale, non ? il dit, sans se retourner.

Pire, je sais pas. Plus calme, sûrement.

Il s’approche de la table basse et débouche la bouteille de whisky d’un geste sûr, le poignet qui tourne à peine. Le goulot tinte contre le bord du premier verre, puis du second.

Il me tend le mien. Nos doigts se touchent sur le verre froid, et sa chaleur reste une seconde de trop. Je ne retire pas ma main. Lui non plus.

Le cercle de buée commence déjà à se dessiner sur le bois clair quand il recule d’un pas.

Tu préfères que je dorme par terre ? il demande, la voix un peu basse.

On est grands. Le lit est assez large.

On s’assoit chacun d’un côté du lit, les verres à la main, et le matelas creuse sous nos poids. Le radiateur siffle par à-coups, comme s’il cherchait son souffle.

Je pose ma main à plat sur la table de nuit, à côté de mon verre. Le silence s’étire. Dehors, la pluie continue, régulière.

Il regarde ma main posée là. Puis il remonte vers mon visage, lentement, et sourit à peine.

T’as gardé ton billet ? Je crois qu’on a le même numéro de siège, ou presque.

Non, toi t’étais côté hublot. Moi, j’ai regardé l’aile trembler pendant deux heures.

Il pose son verre sur la table de nuit, exactement à côté de ma main. Sans la toucher. Nos auriculaires sont à un souffle l’un de l’autre, et je sens que je respire trop fort pour une chambre d’hôtel.

La pluie redouble contre les vitres, et je revois ce train de nuit, nos genoux qui s’étaient frôlés sous la tablette. Trois stations, immobiles. Sans oser se regarder. Ce soir-là aussi, il pleuvait.

Je me lève. Le rideau est mal fermé, le néon du parking découpe un rectangle orange sur le lit. Je le tire d’un coup sec, et la chambre bascule dans un halo pâle, presque doux.

T’as froid ? il demande dans mon dos.

Non. Mais la lumière me gênait.

Il s’est levé sans bruit. Je le sens avant de le savoir : une chaleur juste derrière mes épaules, sa poitrine qui ne me touche pas mais qui pourrait. La pluie bat plus fort, comme un second cœur dans la pièce.

Je me retourne lentement. Sa cravate est desserrée, le col ouvert, et il a cette ombre de barbe qui n’existait pas ce matin à l’aéroport. Le costume froissé, le battement à sa tempe.

Je lève la main. Mes doigts touchent la cravate, suivent le tissu jusqu’au premier bouton ouvert. La soie est tiède, un peu rêche.

Il ne bouge pas. Sa respiration change, devient plus haute, plus proche.

Là, tu vas m’obliger à rester éveillé toute la nuit, il murmure.

C’est peut-être pas plus mal. La nuit est déjà foutue.

Il penche la tête de quelques degrés. Juste assez pour donner plus de place à ma main. Sa pomme d’Adam monte, redescend. J’entends sa gorge se serrer, et je reste là, les doigts au bord de sa peau, sans aller plus loin.

Je tire doucement sur la cravate. Il avance d’un pas, et nos fronts se touchent presque.

L’odeur du whisky flotte entre nous, mêlée à celle de la pluie restée dans la laine du costume. Sa main monte sur ma nuque, l’autre se pose sur ma hanche, ferme, déjà sûre.

Nos lèvres se trouvent dans la pénombre orange, et c’est plus doux que tout ce que j’avais imaginé pendant les trois heures de tarmac.

Attends… juste une seconde, il souffle contre ma bouche.

Non. Pas maintenant.

Il m’embrasse encore, et on bascule vers le lit. Le matelas cède sous mon dos, son poids me couvre, le froissement de son costume contre ma chemise fait un bruit de papier qu’on déchire.

Il défait un à un les boutons de ma chemise. Il prend son temps. Chaque bouton qui cède est une phrase qu’on n’ose pas finir. Dehors, la pluie redouble, applaudit contre les vitres.

Je guide sa main plus bas, là où j’ai besoin qu’elle aille. Tout devient lent, rythmé, suspendu. Le radiateur siffle une fois, deux fois, comme s’il retenait son souffle avec nous.

Laisse la lumière du parking. Je veux te voir, je murmure.

T’as une façon de demander… il répond, la voix rauque.

Longtemps après, la pluie s’est calmée. Le radiateur siffle une dernière fois, puis se tait.

Il a gardé sa cravate desserrée autour du cou, comme un drapeau blanc. Il tend la main vers le verre abandonné sur la table de nuit, le porte à ses lèvres, sans ouvrir les yeux.

On devrait rater plus souvent nos correspondances, il dit.

Et le cercle de buée, sur le bois clair, a fini par disparaître.

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